La chance du dernier jour

« Amatxi(*) ! Vous avez mis votre tenue ! Vous n’allez quand même pas y aller avec tout ce monde ! » déclare sa belle-fille un tout petit peu trop fort au gout de Gaxuxa.
« J’ai rencontré aitatxi(*) le dernier jour des fêtes et depuis 52 ans nous n’en avons pas raté un seul ».
« C’est bien beau les souvenirs mais ils ne vous serviront à rien si vous tombez dans cette foule ».
« Allez Lontxo, on y va » déclare
Gaxuxa en plantant là sa belle-fille. « C’est qu’elle nous prendrait pour des vieux ».
Gaxuxa porte une robe blanche et un foulard rouge « je ne mets plus de ceinture rouge, ça me fait un gros ventre ». Lontxo porte beau la tenue complète et tient avec fierté la main de Gaxuxa . Il y a des festayres partout mais Gaxuxa et Lontxo savent où ils vont. Une première peña, saluer des connaissances, trinquer à la sangria, une deuxième association, d’autres saluts, du blanc limé et ils arrivent, surs d’eux, au but : un petit bar près du théâtre. Il y a toujours autant de monde. Il y a 52 ans, Lontxo et Gaxuxa se dévoraient des yeux depuis une ½ heure lorsqu’une banda était entrée jouer dans le café, provoquant une bousculade et les repoussant au fond, la main de Gaxuxa plaquée sur l’entre-jambes de Lontxo, au sein d’une masse compacte rendant tout mouvement impossible lorsque la protubérance de Lontxo fut devenue honorable sur le devant de son pantalon. Dans la mythologie familiale cette rencontre primordiale racontée par Gaxuxa est devenue : « Il était tellement mignon que j’ai saisi ma chance ».
Depuis 52 ans, même sans bousculade, Lontxo répond toujours honorablement à
Gaxuxa.

(*) aitatxi : grand-père / amatxi : grand-mère

5 commentaires:

Prax a dit…

Saisir son bonheur et ne pas le lâcher avant le feu d'artifices final

cat a dit…

Le saisir à pleine main !!
superbe histoire,
bises
cat

Anonyme a dit…

gaxaxu

La Sorcière a dit…

Je viens de voir ton classement ( oui j'ai mis mes lunettes, je confesse ma défaillance... )

Cette histoire m'a rappelé de doux souvenirs... Mes 1ères fêtes de Bayonne.
Du bonheur plein les mains.

Prax a dit…

Mais où s'arrête la fiction ?