Invictus
- Maika Bai ?
- Arratsaldeon, c’est Txomin. Alors, tu as fini par le voir ce film sur la coupe du monde de rugby dont tu nous parles depuis 18 mois ?
- Bai, je suis allée le voir. Et même en VOST à l’Atalante, c’est te dire ma motivation ! Et j’ai été très déçue !
- Ah bon ! C’est vrai que j’ai lu que les scènes de rugby étaient très moyennes.
- Ce n’est pas ça. Ce film est une escroquerie : tu prends des mecs qui jouent dans la boue, qui passent leur temps à se plaquer par terre, le film dure plus de 2 heures et pas une seule fois tu ne vois les joueurs sous la douche, pas une seule fois tu m’entends ! Pas le moindre petit bout des fesses de Matt Damon ! Une escroquerie !
Gel
- Maika Bai ?
- Agur, c’est Pantxika. Alors ton rendez-vous avec le maitre nageur ?
- Oh ne m’en parle pas, j’en ai encore le fondement tout échauffé.
- À ce point là ! Mais c’est super !
- Ce n’est pas ce que tu crois. Ça se passait bien et il a voulu aller fureter dans ma cour intérieure.
- Ben, tu ne détestes pas ça d’habitude.
- Ez, je lui ai juste dit de prendre le lubrifiant dans mon sac à main.
- Ça aide.
- Bai, sauf que ce crétin a pris mon gel hydro-alcoolique et qu’il l’a généreusement étalé !
Monsieur Besson ne lèche pas
- Maialen Bai ?
- Agur, c’est Maika. Je cherche la pétition, tu l’as surement toi ?
- Mais la pétition contre quoi Maika ?
- Tu as entendu que le ministre Besson a enterré la loi sur les langues régionales ? Donc si la langue basque n’est pas dans la loi, c’est qu’elle est hors la loi !
- Bai, je te suis.
- Et si la langue basque est hors la loi, cela veut dire que le cunnilingus est interdit au sud de l’Adour !
Dorade
- Maika Bai ?
- Agur, c’est Txomin. Écoute Maika, c’est délicat mais est-ce que je peux venir me doucher chez toi ?
- C’est plus surprenant que délicat mais bai, tu peux venir. Tu as des problèmes de plomberie ?
- Ez, ce sont plutôt des problèmes conjugaux : ce matin, je revenais d’Anglet en vélo. Tu vois le marché aux poissons vers le pont rose ?
- Bai, la piste cyclable passe juste devant.
- Voilà, tellement devant que les piliers de l’auvent du marché s’arrêtent juste au bord de la piste, à un centimètre, tu ne vois pas les gens qui quittent les étals quand tu arrives en vélo.
- Tu as renversé une amatxi ?
- Ez, je suis passé à midi, il n’y avait plus rien à vendre, je suis arrivé juste comme une femme de pêcheur sortait en tirant ses bacs à poissons vides, j’ai freiné, buté et je suis tombé sur le tas de vieille glace qu’elle venait de jeter au bas de son étal.
- Tomber les fesses dans la glace, c’est bon pour les chocs !
- C’est ce que je me suis dit, plus de peur que de mal, je n’ai renversé personne, je remonte sur mon vélo et j’arrive chez moi. Là, ma femme se met à me renifler et à me crier dessus : Ouais, tu dis que tu vas faire du vélo mais tu vas voir ta pute et tu ne prends même pas la peine de te doucher après l’avoir sautée, tu pues la chatte de ta morue !
- Elle dit n’importe quoi, en ce moment ce qu’il y a sur la glace, ce n’est pas de la morue mais des dorades ! Allez viens, je vais t’astiquer !
Elément
- Maika Bai ?
- Agur, c’est Pantxika. Alors, ta sortie au Vème élément, c’est comment un club échangiste ?
- Je ne sais pas trop, j’y allais surtout pour faire plaisir à mon mari et ça ne lui a pas plu.
- Pas plu ?
- Ez, vers minuit, on s’affairait au milieu d’une dizaine de couples et il me dit « C’est quand même incroyable, je suis en érection depuis 10 minutes et tu ne le remarques même pas ! »
-Tu n’avais pas vu ?
- Ez, j’avais la tête ailleurs.
Sac
- Maika Bai ?
- Agur, c’est Pantxika. Alors ton intervention à la fac, tu as vu du mignon ?
- Bai, du mignon et du jeune dans les couloirs. Mais je m’interroge.
- … ?
- Pourquoi les garçons avec le jean au milieu des fesses portent toujours des caleçons/sacs informes et non de jolis boxers moulants ?
Ethiodanse
- Maika Bai ?
- Agur, c’est Pantxika. Alors, ta soirée du festival Ethiopiques, les concerts et spectacles en appartements, tu l’as vu danser tout près le beau Gaël ?
- Bai eta ez, ce n’était pas vraiment comme je le pensais, tu vois, je me disais, une création dans un appartement, il va danser pour moi toute seule dans le salon et après, dans un appartement, la chambre n’est jamais très loin du salon … il y avait des choses à faire.
- Et ?
- Et bien, déjà sur le programme il devait danser rue Bourbaki mais en fait il dansait rue Muscar.
- C’est à coté.
- Bai, mais je suis arrivé la dernière, il n’y avait plus de place dans le salon et j’étais dans le couloir, c’était un peu loin pour accrocher son regard.
- Ce n’est pas grave, il passait 3 fois si j’ai lu le programme.
- Bai, alors à la deuxième séance, premier rang, assise par terre, il ne pouvait pas le rater mon décolleté.
- Et ?
- Il met une telle énergie dans le moindre de ses gestes ! J’étais tout près, je les captais tous les kilowattheures distribués. Et son corps sec, tout en muscles, toujours en mouvement !
- Tu craquais Maika ?
- Complètement. Alors, 3ème séance, même place et un bouton de moins au décolleté. Et il brule, et il se donne, il y a de l’énergie partout, partout. Et quand il finit, je le regarde et je vois qu’il a tout donné, qu’il est vidé et qu’il n’en a plus, lui, de l’énergie.
- Et ?
-Ben, un corps d’homme sans énergie … j’étais moins emballée.
Annulaire
- Maika Bai ?
- Agur, c’est Pantxika. Tu as vu l’article que je t’ai transféré il y 2 minutes ?
- Ez. Je l’ouvre.
…« Les chercheurs ont mesuré la main droite de 44 traders masculins impliqués dans un certain type de commerce qui nécessite une prise de décisions rapide et des réactions physiques tout aussi vives. Au bout de 20 mois, ceux qui avaient l'annulaire le plus long, comparé à l'index, gagnaient 11 fois plus d'argent que ceux qui possédaient un quatrième doigt plus court ».
- La prochaine fois qu’on va à la chasse en boite à Biarritz, pas la peine d’essayer de repérer les Porsche sur le parking, il suffira de regarder la longueur de l’annulaire.
- Bai, c’est une bonne idée, allez, je te laisse, j’ai du boulot.
Maika raccroche et se met à rêver. 11 fois plus d'orgasmes, cela vaut le coup de regarder l’annulaire.
Brulé
- Maika Bai ?
- Bonjour, c’est Michelle. Alors, tu es prête pour Halloween ?
- Bien sur que non, tu sais bien que les vraies basques depuis la chasse aux sorcières de 1609, elles ne plaisantent pas avec ce sujet.
- C’est un peu de l’histoire ancienne quand même.
- Ez, des béarnais –salaud d’Henry IV- et des bordelais –salaud de Pierre de Lancre- qui veulent "purger le pays de tous les sorciers et sorcières sous l'emprise des démons, des guérisseuses et des cartomanciennes" et qui trouvent que bruler et torturer 600 femmes de marins - femmes seules censées courir le sabbat afin d'assouvir leurs pulsions- c’était une bonne chose. Ez, je te le dis, on ne plaisante pas avec les histoires de sorcières.
- Tu exagères. Il y a eu des recherches qui disent que ce ne sont pas 600 mais 80 qui ont été mises au bucher.
- Tu as raison, 80 basques innocentes, ce n’est vraiment pas grand-chose. Allez, je te laisse, il y a comme une odeur de brulé dans ma cuisine.
Epépiné
« Tu n’enlèves pas les pépins ? » demande-t-elle avec un reste d’espoir.
Paxkal s’enfonce définitivement « Ben non, y en a trop ».
Maika fait un sourire et va s’insérer dans un groupe un peu plus loin.
Métaphore
- Maika bai ?
- Agur, c’est Remona. Alors ces vacances ?
- Oh trop courtes ! Je n’ai pas l’impression d’être partie.
- Tu n’as rencontré personne ?
- Si, un soir, je suis sortie avec un footeux.
- Alors ?
- Oh pas grand-chose, cela ne valait pas la peine d’aller aussi loin pour retomber sur un touriste de chez nous.
- Un touriste ? Comme ceux qui encombrent nos routes en ce moment ? Du genre, une petite accélération pour sortir du parking et 2 heures à se trainer sur les routes parce-qu’on-est-en-vacances-et-qu’on-a-le-temps ?
- Bai, tu vois, la même chose, une giclée vite fait et 2 heures à regarder le plafond.
Vent de sable
- Maika bai ?
- Agur, c’est Pantxika. Oh, tu as une petite voix. Tu as un souci ?
- Pas vraiment un souci, je suis dubitative.
- Raconte !
- Tu as vu le coup de vent du sud qui nous est tombé dessus hier soir ?
- Oui, de la poussière de sable partout, plein les voitures.
- Et bien, j’avais fait une petite lessive à la main juste pour une culotte et je l’avais mise à sécher dehors. Le vent l’a emportée chez le voisin.
- Ton voisin super mignon ?
- Non, l’autre mais peu importe. Ce matin, il sonne chez moi : « Tiens, c’était dans mon jardin. Je me suis dit : une culotte pleine de poussière, ça doit être à Maika ! ». Et il est parti en rigolant !
- Et cela te rend dubitative ?
- Oui, pourquoi est-ce qu’il imagine qu’une culotte poussiéreuse, c’est à moi ?
- Il doit penser que tu en mets tellement peu souvent qu’elles ont le temps de prendre la poussière.
Conspiration
- Txomin Bai ?
- Arratsaldeon, c’est Maika. Tu peux me prêter un film intello, ennuyeux juste ce qu’il faut mais avec un message derrière ?
- Je dois avoir ça Maika mais d’habitude tu n’aimes que les bons gros films américains avec de beaux gosses dedans !
- Un beau gosse c’est ça le problème. Je fais la queue pour voir les films avec Matt Damon. Mais si je te dis Clint-Eastwood-les-bons-sentiments, Nelson Mandela, apartheid et rugby, toi tu fais la queue dans ton cinéma d’art et essai préféré où je ne mets jamais les tongs !
- Oui, il y a des chances.
- Alors, Eastwood, Mandela, l’apartheid, le rugby ET Matt Damon, tu vois le problème ! Cela veut dire que je vais être obligée de rentrer à l’Atalante ! Je crains un choc violent. Aussi je préfère me préparer tranquillement dans mon canapé avec la télécommande à portée de main en cas de malaise.
Perches
Sonnerie téléphone :
- Dominixe Bai ?
- Agur, c’est Maika. Tu pourrais me prêter ton baudrier d’escalade un jour ou deux ?
- Bien sur, tu veux ramoner ta cheminée ?
- Non, ma cheminée est régulièrement entretenue. J’en ai besoin pour aller sur le terrain de rugby de Lourdes.
- C’est plutôt d’un ballon dont tu aurais besoin !
- Non, c’est pour la venue du pape. Ils veulent scier les poteaux du stade Antoine-Béguère. Tu imagines ! Les plus hautes perches de France ! Des tiges immenses dressées infiniment vers le ciel qui clament haut et fort que les hommes du sud ouest ont les plus grandes.
- Oui, je comprends mais qu’est ce que tu veux faire avec mon baudrier ?
- Et bien m’accrocher, nue, en haut des perches avec une banderole « On ne soigne pas l’impuissance d'un mec en robe par la castration de tout un stade».
Veuve
Assaut de civilité (3)
Ramuntxo travaille dans une des agences immobilières qui vendent aux parisiens télévisuels les appartements de la côte que les basques ne peuvent plus se payer. Cela l’occupe beaucoup et lui rapporte des commissions intéressantes. Ramuntxo habite un trois pièces et est particulièrement content de l’association d’aide à la personne qui lui envoie une femme de ménage. Dans son jogging informe, cette dernière assure repassage, aspirateur, sanitaires en son absence et en toute discrétion. Ramuntxo la regarde à peine lorsqu’il signe une fois par mois la feuille de présence. Il ne saurait même pas décrire la couleur des yeux d’Estebenia.
Estebenia passe une fois par semaine dans l’appartement de Ramuntxo. Elle a négocié quatre heures mais y arrive très bien en deux heures et demie ce qui lui laisse suffisamment de temps pour, dans la chambre de Ramuntxo, enlever son jogging informe, s’allonger nue dans l’odeur d’homme, prendre le temps de se donner du plaisir en utilisant parfaitement son index, partir, rêvasser en se caressant les aréoles, utiliser nettement plus de doigts pour repartir dans un orgasme parfait, s’essuyer le buisson avec un des caleçons BD ridicules de Ramuntxo, faire le lit impeccablement, prendre une douche, faire briller la salle de bains, renfiler son jogging informe et quitter l’appartement.
Retraite internationale
Si vous avez raté le début de Maika, c'est dommage car c'est fini. Mais vous pouvez vous rattraper en commençant par le bas
Sonnerie du téléphone
- Maika bai ?
- Bonjour, c’est le Journal du Pays Basque, service des sports. Alors, c’est vrai, vous arrêtez ?
- Oui, je confirme, c’est définitif. La Coupe du Monde est finie, je n’aspire plus qu’à retrouver mon mari.
- Mais enfin, c’est incroyable, avec tout ce que vous avez apporté ! Vous avez enrichi le dictionnaire amoureux - avec « laporte », qualificatif peu amène certes -. Mais vous êtes surtout l’inventrice du strip-rugby !
- Oui, et j’ai appris avec plaisir que cette discipline était de plus en plus pratiquée, même par des couples peu sportifs.
- Vous voyez ! Alors pourquoi vous retirer maintenant ? Et le tournoi des six nations qui arrive ? Vous n’avez pas votre place ?
- Non, c’est décidé, j’arrête. Retour au calme, les amants c’est fini. Je prends ma retraite internationale. Et je vais faire du sport avec mon mari, nous allons nous mettre au golf ensemble, des petits trous, des petites balles, rien que des choses simples.
Gâchis
Sonnerie du téléphone
- Nathalie à l’appareil.
- Salut, c’est Maika. Tu sais, tu m’as embrouillé la tête l’autre soir avec tes histoires de petite finale, petite mort. Et mon mari s’y est mis aussi : « la petite finale, c’est pour les branleurs ». Ca m’a fait une nuit agitée. J’ai rêvé que tous les spectateurs mâles du Parc des Princes partaient dans une séance d’onanisme collectif et que le flot noyait le sous secrétaire des tas. Un tel gâchis m’a réveillée.
Beau jeu
Sonnerie téléphone :
- Maika Bai ?
- Agur, c’est Pantxika. Tu as 2 minutes ?
- En fait pas trop, je suis en train de me préparer pour ce soir, pour la demi-finale.
- Toi Maika qui va suivre le rugby ! Tu vas dans quelle peña ?
- Ce n’est pas vraiment une peña, c’est une soirée huitres, champagne, caviar d’Aquitaine.
- Je vois, soirée parisiens, bordelais, ah que j’aime ce sport viril, surtout les joueurs du Stade Français, si craquants avec leur polo rose.
- Voilà c’est ça, des amateurs de rugby comme moi, le grand écran plat dans un salon mais on n'est pas obligé de regarder.
- Alors tenue correcte et pas de maquillage bleu-blanc-rouge sur les joues pour soutenir l’équipe ?
- Tenue de ville quand même, pas tenue de soirée mais je prépare une petite surprise.
- Raconte.
- Et bien je vais me mettre une minuscule mouche bleu-blanc-rouge, juste à la naissance du sein gauche, je suis sure que je vais ferrer un maximum avec ça.
Définition lexicale
- Maika Bai ?
- Agur, c’est Pantxika. Alors, la dernière soirée rugby, ton amant, il était comment ?
- Ne m’en parle pas, une horreur ce mec, un vrai Laporte !
- Un Laporte ?
- Ben tu sais ces mecs qui sont tout le temps dans les préliminaires. J’aime bien un peu, léger, on se met de la pression dans la poitrine et ailleurs, on essaye deux ou trois trucs pour s’échauffer. Mais pas trop longtemps, faut que cela démarre. De l’endurance, de la présence, du souffle, un mec qui fait son travail quoi.
- Et là ?
- Un Laporte, je te dis, ça papote, ça léchouille, ça s’emmêle les lignes en mêlée, ça papote, ça change d’aile, ça essaye à l’arrière, ça reléchouille. Mais on n’a pas toute la nuit, coup de sifflet final, le mari va lever les yeux de la télé, je me rhabille, je rentre chez moi et je n’ai pas pris mon pied.
- Et lui ?
- Pas plus, un Laporte, y doit toujours y être dans ses préliminaires.