Sens

Oskitz ne regarde pas les femmes dans les yeux. Son imagination va trop vite et le laisse à chaque fois sur le bas-côté des illusions. Il croit en des idées nobles car le regard est clair et elles se révèlent sombres et boueuses dès que la parole s’installe. Un regard inconnu direct lui est presque aussi insupportable qu’une vieille femme mal assise qui impose sans gène la vision de sa culotte défraichie. Obscène et non désiré. Aussi Oskitz parle beaucoup. Il guette les inflexions, les hésitations, tout ce qui lui dessine un profil rassurant, ses yeux toujours en mouvement échappant à la capture.

Geaxina connait trop de bavards pour accorder le moindre intérêt aux verbiages. Elle ne dit rien, jamais. Elle ouvre ses yeux, sonde les regards et ne garde en estime que ceux qui soutiennent, en silence, sans fierté agressive, simplement ouverts et attentifs.

Geaxina et Oskitz se croisent depuis quelque temps en diverses occasions si rapprochées que le hasard n’a plus sa place. Mais Oskitz n’arrive pas à entendre cette femme parler d’elle, vraiment. Geaxina se faufile entre ses questions à chaque tentative avec une adresse qu’elle commence à regretter, de même que sa propre incapacité à saisir le regard d’Oskitz. Ce soir, il y a une terrasse qui s’ouvre sur la nuit et une balustrade sur laquelle s’appuyer pour sonder la ville. Oskitz sait qu’il doit se taire. Geaxina devine que son regard ne doit pas quitter les lumières devant elle. Toutes les voies sans issue leur apparaissent, le ridicule comme le regret. C’est Geaxina qui trouve la première la main d’Oskitz. Elle n’est pas vraiment surprise de sentir qu’il la laisse découvrir ses doigts un à un.

7 commentaires:

Pete a dit…

Combien j'ai de doiiigt?!!s

Prax a dit…

Sur le clavier, je tape à 6 doigts mais cela ne doit pas être la question.

Prax a dit…

Au début, une phrase relevée, il y a déjà quelque temps chez Ugarte
"Le truc fascinant en voiture quand une femme vous parle c'est qu'on a le droit de ne pas la regarder."
mais le final est assez différent de l'idée originelle.

Pete a dit…

Vanitas, vanitatis... Que dire alors des regards complices tant attendus qui ne viennent jamais? En voiture comme ailleurs... M'égare-je?

Prax a dit…

J'ai la chance d'être myope donc je ne vois jamais rien.

Nathalie a dit…

On parle bien de voir du bout des doigts?
Nathalie

Prax a dit…

Et oui, vu que l'amour est aveugle, il a forcément développé d'autres perceptions.