Bois

« C’est pratique les roulettes ! » Un peu faible la phrase d’accroche. Mais comme la jeune femme blonde qui tire sa valise dans la rue Vasserot lui sourit, Ilixo ne s’en veut finalement pas trop de manquer de répartie spirituelle. Il remonte sur son échafaudage pour finir le dernier m² de peinture sur la façade du garage avec le bruit des roulettes renvoyé par l’étroitesse de la rue. Puis plus de bruit de roulettes. Ilixo jette un coup d’œil « Tiens, elle habite dans l’immeuble qui fait l’angle avec la rue Pellot. » « Ah ez, elle aimerait bien y habiter mais elle n’arrive pas à y rentrer. » « Personne au bout de l’interphone ? » « Le portable, bai, c’est une bonne idée. » « Personne qui répond ? » « Oula, une grosse valise, une porte fermée ! » Ilixo reprend sa peinture comme la jeune femme s’assied sur sa valise devant la porte là-bas.

Voilà. Le dernier coup de rouleau, c’est fait. Ilixo redescend avec le pot et une partie des outils. Le bruit des roulettes, moins vif que tout à l’heure. La jeune femme tire sa valise en redescendant la rue avec l’hésitation de ceux qui ne savent où aller. « Vous pouvez attendre ici, si vous voulez, le temps que je range mon échafaudage, la personne que vous attendez sera arrivée. » Avec sa blouse et ses mains tachées, son rouleau et son pot de peinture, Ilixo ne fait pas vraiment peur.

« Et bien, vous arrivez à rentrer une voiture ? » questionne-t-elle.
« Au début, cela rentrait, mais plus maintenant ».
« Vous êtes sculpteur ? »
« Ez, je ramasse du bois flotté sur la plage, je fais des choses avec mais je n’appellerais pas cela de la sculpture ».

« Il tarde un peu votre ami ».
« J’ai laissé un message ».
« Bai, il va arriver. Ecoutez, je vous laisse la clé, vous n’aurez qu’à la glisser sous la porte quand vous partirez, j’ai un double dans mon appartement plus bas ».
« Milesker ».
Départ. Retour. « Vous avez faim, soif ? »
« Milesker, ne vous dérangez pas ».

Lendemain matin.
« Mais vous avez dormi là … vous avez … mais c’est monumental ce que vous avez fait »
« Oui, excusez moi, j’ai touché à votre bois ».
« Mais ce n‘est pas grave … c’est insensé ce que vous avez réussi à assembler. »
« Ce n’est pas fini en fait. Il n’y avait plus de bois et je me suis endormie. »

« C’est la première fois que je soigne une déception sentimentale avec des bouts de bois » constate Izaga en caressant le baliveau d’Ilixo après une douche, un petit déjeuner et une étreinte parfaitement satisfaisante.
« Tu appelles cela comme tu veux » sourit Ilixo.

7 commentaires:

Prax a dit…

La sculpture avec du bois, je suis pour. Le feu avec le même bois, je suis plus réservé.

Berthoise a dit…

La sculpture procure de grandes joies.

Prax a dit…

berthoise : la peinture sur soi, la sculpture sur soi ;-)

Arnaud Maïsetti a dit…

on n'est pas de bois, dit-on - quoique.

Prax a dit…

arnaud : ou alors d'un bois qui vibre.

txita a dit…

Quand on est un peu perdu,manier des matières naturelles permet de remonter aux sources.

Prax a dit…

txita : et du naturel bio, c'est le top.